Les expériences de Harry Harlow et de Mary Ainsworth sur l’amour maternel

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Les expériences de Harry Harlow et de Mary Ainsworth sur l’amour maternel

Publié en ligne le 20 décembre 2022 – Psychologie –

Ne les gâtez pas. Ne les embrassez pas pour leur souhaiter une bonne nuit. Faites une petite inclinaison du buste et serrez-leur la main avant d’éteindre la lumière.

John Broadus Watson [1]

Aux États-Unis, dans les années 1950-1960, la recherche en psychologie était en grande partie influencée par les conceptions des psychanalystes et des comportementalistes, pourtant aux antipodes les uns des autres. Tous défendaient l’idée que les bébés s’attachent à leur mère parce qu’elle leur apporte la nourriture.

Pour les uns comme pour les autres, l’affection et les caresses étaient soupçonnées de propager des maladies, d’engendrer des perversions et d’entraîner des problèmes psychologiques durables. Le comportementaliste John B. Watson (1878-1958) rêvait que les bébés soient élevés sans leurs mères. Il les mettait ainsi en garde : « Lorsque vous êtes tentées de caresser votre enfant, rappelez-vous que l’amour maternel est un instrument dangereux » [1]. Sigmund Freud considérait l’amour parental comme enfantin et narcissique : « L’amour des parents, si touchant et, au fond, si enfantin, n’est rien d’autre que leur narcissisme qui vient de renaître et qui, malgré sa métamorphose en amour d’objet, manifeste à ne pas s’y tromper son ancienne nature » [2].

L’indifférence à l’égard de l’enfant

Dans la littérature, jusqu’à la première moitié du XVIIIe siècle, l’enfant était considéré d’une façon générale comme insignifiant. Élisabeth Badinter retrace l’histoire des représentations de l’enfant et de la mère au fil des siècles [3]. Elle cite Georges Snyders (1917-2011), philosophe et chercheur français en sciences de l’éducation, connu pour sa conception de la pédagogie : « [L’enfant] y est considéré comme un objet ennuyeux, en tout cas indigne de retenir l’attention. On est frappé par une sorte d’indifférence, pour ne pas dire d’insensibilité, à l’égard du petit enfant » [4]. Par la suite, du XIXe au début du XXe siècle, la représentation de l’enfant ressemble à celle d’une plante qui, de sa naissance à l’âge de trois ans, ne ferait que « pousser ». Il n’aurait besoin pour cela que d’être nourri. Cette conception justifiait parfois des négligences et des maltraitances dans certains hospices, orphelinats ou familles perturbées. Il en découlait qu’au sein de la famille, la fonction la mieux reconnue d’une mère était de nourrir sa progéniture. Freud, en particulier, pensait que le bébé était lié à sa mère pour son lait, qu’il apprenait à associer son visage, son odeur et les sensations qu’il éprouve auprès d’elle en tétant, et s’attachait ainsi à elle de façon conditionnelle.

Madame Roulin et son bébé,
Vincent van Gogh (1853-1890)

Les expériences révolutionnaires de Harry Harlow

En 1958, Harry Harlow (1905-1981), professeur de psychologie à l’université du Wisconsin-Madison (États-Unis), relevait ce parti pris des psychologues [5] : « En raison de sa nature intime et personnelle, [l’amour] est considéré par certains comme un sujet inapproprié pour la recherche expérimentale. Mais, quels que soient nos sentiments personnels, notre mission assignée en tant que psychologues est d’analyser toutes les facettes du comportement humain et animal […] En matière d’amour ou d’affection, les psychologues ont échoué dans cette mission. Le peu que nous savons sur l’amour ne dépasse pas la simple observation, et le peu que nous en écrivons a été mieux écrit par des poètes et des romanciers. Mais le plus préoccupant est le fait que les psychologues ont tendance à accorder de moins en moins d’attention à une motivation qui imprègne toute notre vie. » Il constatait : « Les psychologues, les sociologues et les anthropologues pensent communément que l’amour de l’enfant se fonde sur l’association du visage, du corps et d’autres caractéristiques de sa mère avec la satisfaction de tensions biologiques internes, en particulier la faim et la soif. »

Dans ce contexte, H. Harlow et son équipe voulurent vérifier si le lien du bébé à sa mère était conditionné par la nourriture ou bien s’il en était indépendant. Pour ce faire, les chercheurs décidèrent d’explorer les effets, sur la mère et l’enfant, de leur séparation. L’expérience sur des bébés humains étant impossible pour des raisons éthiques, ils se tournèrent vers les singes macaques rhésus du laboratoire de primatologie de l’université de Wisconsin, qui ne disposait pas de rats. Grâce à une série d’expériences controversées parce que considérées comme cruelles par les défenseurs de la cause animale, H. Harlow tenta de démontrer l’importance des attachements précoces et des liens émotionnels entre la mère et l’enfant, à une époque où l’on doutait du rôle joué par l’affection de la mère dans le développement de l’enfant. C’est ainsi que Deborah Blum, professeur de journalisme scientifique à l’université du Wisconsin, dit dans la biographie qu’elle lui a consacrée qu’il fut l’un des premiers psychologues à étudier scientifiquement la nature des sentiments d’amour et d’affection [6].

Frans de Waal, primatologue et éthologue néerlandais, professeur en éthologie des primates au département de psychologie de l’université Emory à Atlanta, écrit : « Harry Harlow, dont le nom est devenu synonyme d’expériences cruelles sur les singes, a en fait contribué à mettre fin aux pratiques cruelles d’éducation des enfants » [7].

Les bébés humains réagissent-ils comme les bébés singes ?

À la question de savoir s’il existe des parallèles entre le comportement social normal des jeunes humains et celui des jeunes singes, H. Harlow répondit par l’affirmative dans un discours prononcé devant l’Association américaine de psychologie : « Des recherches publiées antérieurement ont établi des parallèles dans le développement social normal de jeunes humains et de jeunes singes. Il y a tout lieu de croire que les mêmes lois fondamentales s’appliquent à ces deux espèces étroitement apparentées et que les conditions sociales qui produisent une anomalie chez une espèce auront des effets comparables sur l’autre. Bien que le comportement humain soit plus complexe, plus variable et plus subtil que celui des primates sous-humains, on devrait, néanmoins, trouver un aperçu des problèmes créés par l’isolement social humain à partir de l’étude de l’isolement social chez les singes » [5].

Certes, le singe est plus mature à la naissance et grandit plus rapidement que le bébé humain, mais les réponses de base relatives à l’affection, y compris l’allaitement, le contact, l’attachement et même l’exploration visuelle et auditive, ne présentent pas de différence fondamentale entre les deux espèces.

Les effets de l’isolement sur les bébés singes et l’importance du lien social

Pendant une dizaine d’années, H. Harlow et ses collègues étudièrent en laboratoire les effets de la privation de la mère et de l’isolement social en élevant des singes macaques rhésus dès la naissance dans des cages métalliques nues. Cette espèce de singe est réputée sociable et facile à élever en captivité. Enfermés dans leur cage, les bébés ne pouvaient évidemment nouer aucun lien affectif avec leur mère ni avec leurs semblables dont ils étaient séparés. Leur comportement était perturbé, leurs mouvements étaient stéréotypés et répétitifs, sans doute pour chasser leur anxiété. Plus tard, lorsqu’ils étaient réintroduits dans le groupe, ils ne savaient pas comment interagir. Ceux qui avaient passé trente jours dans la cage avaient changé de comportement, mais ceux qui y restaient toute une année étaient dans un état de passivité totale et d’indifférence à l’égard des autres. La grande majorité finissaient par développer des problèmes de sociabilité et d’attachement à l’âge adulte, ne souhaitaient pas trouver de partenaire ni avoir de progéniture, certains ne mangeaient même plus et mouraient.

Au lit !,
Gabriel von Max (1840-1915)

Dans une autre expérience, H. Harlow mit en évidence non seulement l’importance de la présence de la mère, mais encore celle des semblables. Il éleva quatre bébés singes, chacun isolé dans sa cage et sans substitut maternel. Vingt minutes par jour, ils étaient placés tous ensemble dans une même cage. Les petits singes développèrent un comportement émotionnel et social quasi normal.

L’importance du contact maternel

Dans le même temps, les chercheurs mirent au point une situation expérimentale particulière. Ils dissocièrent l’apport de lait d’un côté, la chaleur et la douceur maternelles de l’autre. Observant que lorsque les bébés macaques étaient séparés de leur mère, ils restaient agrippés à leurs couches en tissu, ils fabriquèrent deux sortes de mannequins en fil de fer qui devaient jouer le rôle de substituts de la mère. L’un était nu, l’autre était habillé de tissu éponge.

Pendant six mois, ils séparèrent huit bébés macaques de leur mère naturelle à différentes périodes de leur développement, à la naissance ou à partir de 3, 6, 12 et jusqu’à 24 mois. Ils les laissèrent en total isolement, hors de tout contact avec leurs semblables. Pendant plusieurs jours, séparées de leurs petits, les mères naturelles hurlaient. Les bébés présentaient des signes d’anxiété, les cherchant sans relâche.

Ils placèrent chaque petit dans une cage avec les deux substituts maternels en fil de fer. Dans quatre cages, le mannequin nu était pourvu d’un biberon de lait, le mannequin habillé en tissu et sans biberon diffusait de la chaleur. H. Harlow écrit : « Une ampoule derrière [le mannequin] émettait de la chaleur. Le résultat était une mère douce, chaleureuse et tendre, une mère à la patience infinie, une mère disponible vingt-quatre heures sur vingt-quatre, une mère qui ne grondait jamais son bébé et ne frappait ni ne mordait jamais son bébé de colère » [8].

Dans les quatre autres cages, c’était le mannequin habillé qui portait le biberon de lait, le mannequin nu ne diffusait pas de chaleur. Chaque jour, les deux groupes de bébés singes recevaient la même quantité de lait. Ils prirent du poids au même rythme. Les petits singes pour qui le lait venait de la mère en grillage n’allaient à elle que pour se nourrir, quand ils avaient faim ou soif. Ils passaient le reste du temps tout près de la mère chaude en tissu, s’agrippaient à elle, grimpaient sur elle, paraissant s’attacher étroitement à elle.

Bien qu’en bonne santé physique, les petits parurent en état de choc émotionnel lors de leur réinsertion auprès des autres singes. Ils refusaient toute interaction sociale, s’automutilaient, se balançaient d’avant en arrière, ce qui ressemblait à un comportement autistique.

Pour H. Harlow et ses collègues, cette première série d’expériences démontrait chez le primate l’importance des interactions entre le petit et la mère à une période déterminée de la petite enfance et leur rôle sur le développement social ultérieur. Ils voulurent ensuite vérifier si les substituts maternels en tissu pouvaient rassurer les bébés singes lorsqu’ils étaient effrayés. Ils introduisirent alors dans les cages un ours mécanique qui jouait du tambour. Terrifiés, les petits se réfugièrent contre la mère en tissu.

Puis les chercheurs modifièrent l’environnement et introduisirent dans les cages des objets bizarres. Effrayés, les bébés singes s’agrippaient à la mère en tissu jusqu’à ce qu’ils soient suffisamment apaisés pour aller explorer le reste de la cage. Quand ils avaient besoin d’être de nouveau rassurés, ils revenaient vers elle en courant. Si la mère n’était pas là, ils restaient blottis dans un coin, suçant leur pouce.

Quand un petit singe privé de sa mère naturelle était mis dans une cage aux côtés d’un singe élevé par sa propre mère, il se réfugiait au fond de la cage et montrait des signes de détresse. De même, les mères privées de leur bébé étaient dans un tel état de stress que quand on réintroduisait leur bébé dans la cage, elles pouvaient l’attaquer avec fureur.

À partir de ces observations, les chercheurs conclurent que le sens du toucher constitue une motivation tout aussi fondamentale que celle de se nourrir : « Toucher ne suffit pas. Il faut être touché pour construire un être social » [9].

Le test de situation étrange (Strange Situation Test)

Voulant vérifier si les bébés humains se comportent de la même façon que les bébés singes en présence d’une figure maternelle rassurante et en son absence, Mary Ainsworth (19131999), psychologue du développement et professeur de psychologie de 1959 à 1975 à l’université John Hopkins (États-Unis) puis à l’université de Virginie (Canada), mit au point avec sa collègue Silvia Bell un test qu’elles appelèrent Strange Situation Test (test de situation étrange) [10]. Ce test est utilisé encore aujourd’hui pour examiner le modèle d’attachement entre un enfant et sa mère ou la personne qui prend soin de lui.

Les psychologues réalisèrent l’expérience avec 56 bébés humains de 12 à 18 mois, blancs et appartenant à la classe moyenne [10]. Le test de situation étrange se caractérisait par une phase d’observation et une phase d’évaluation. M. Ainsworth et sa collègue observaient les comportements des bébés derrière un miroir sans tain.

Elles créèrent dans leur laboratoire des « contextes inhabituels » pour les bébés. Dans la pièce où se déroulait l’expérience, il y avait seulement trois chaises : deux chaises étaient placées de chaque côté de la porte d’entrée, la troisième était installée au fond et couverte de jouets. Le bébé était placé au centre du triangle délimité par les chaises. Pour chaque bébé, l’expérience se déroulait en huit phases.

Au départ, la mère et l’enfant entraient dans la pièce accompagnés par une personne inconnue qui repartait aussitôt. Au bout de trois minutes, une autre personne inconnue entrait et bavardait avec la mère, qui à son tour quittait discrètement la pièce. Après son départ, la personne restée avec le bébé s’adaptait à son comportement, soit en le laissant jouer, soit en jouant avec lui. Si le bébé pleurait, devenait inconsolable, cette phase était interrompue. Puis la mère revenait en marquant une pause à l’entrée de la pièce. L’autre personne s’en allait. Quand le bébé était à nouveau absorbé par le jeu, la mère sortait en disant « au revoir ». Si l’enfant était bouleversé, en détresse, les dernières phases étaient abrégées. Lors de la huitième phase, l’observation s’arrêtait après les retrouvailles entre la mère et son petit.

Les psychologues observaient particulièrement le « comportement exploratoire » du bébé : s’il rampait (locomotion), s’il jouait (manipulation), s’il regardait la pièce et les jouets et à quels moments, s’il passait beaucoup de temps à regarder la personne inconnue, s’il jetait seulement un coup d’œil à la mère pour s’assurer qu’elle était toujours là, etc. Les phases où le bébé pleurait le plus étaient celle où la mère sortait, laissant le bébé en compagnie de la personne inconnue et celle où il était laissé seul. Après une séparation, les bébés cherchaient le contact physique avec leur mère quand elle rentrait. Les comportements des bébés humains et des bébés singes étaient comparables. Les bébés humains et les bébés singes se montraient généralement attachés à leur mère. En règle générale, quand elle était présente, ils exploraient l’environnement et s’approchaient peu à peu des objets nouveaux pour eux. Quand elle était absente, ils la cherchaient du regard et exploraient moins l’espace autour d’eux.

Les résultats de l’expérience de M. Ainsworth ont été classés en quatre types spécifiques d’attachement à la mère : l’attachement « sécure », l’attachement anxieux et insécurisé, l’attachement « insécure » anxieux et évitant, l’attachement désorganisé et désorienté. C’est la qualité des soins apportés à l’enfant dans sa toute petite enfance qui sera susceptible de déterminer le type d’attachement développé par lui. Selon les auteures de cette étude : « À condition qu’il n’y ait aucune menace de séparation, l’enfant en bas âge utilise sa mère comme une base sécurisante à partir de laquelle il peut explorer le monde, ne manifestant, tant qu’elle est présente, aucune inquiétude dans un contexte inhabituel » [5].

Les expériences confirment l’intuition

Les expériences de M. Ainsworth et de H. Harlow apportent la preuve que l’attachement de l’enfant et de la mère est fondamental, même si l’on s’en doute intuitivement. L’expérience conforte cette intuition. Réduire le lien maternel aux aspects physiques tels que la nourriture, la chaleur, etc., qui sont des éléments quantifiables, aboutit à une vision scientiste et étriquée de l’amour maternel. H. Harlow, à qui l’on a reproché la cruauté de ses expériences sur les bébés singes, a réagi ainsi : « Si mes travaux [ont permis d’aider] un million de bébés humains, je ne peux vraiment pas m’inquiéter outre mesure pour dix singes » [6]. Ses recherches ont permis de comprendre que les mécanismes psychologiques primordiaux tels que l’amour et la tendresse peuvent être étudiés expérimentalement. En avant-propos de la biographie de H. Harlow par D. Blum, Steven Pinker, linguiste et psychologue cognitiviste canado-américain, a commenté ainsi le travail de H. Harlow : « Pour la génération d’étudiants en psychologie, l’image d’un bébé singe réconforté par une poupée en tissu est l’un de leurs souvenirs les plus indélébiles sur le sujet. Pourtant, même la plupart des psychologues en savent peu sur l’homme brillant, drôle et exaspérant derrière les expériences. Beaucoup de gens ne connaissent pas non plus son contexte – la chute et la montée du concept d’amour dans les sciences sociales » [6].

La question reste posée de savoir si les impératifs de la science, en l’occurrence dans ce cas, notre compréhension des effets de la maltraitance ou de l’absence d’amour sur les enfants, justifient des expériences cruelles sur les animaux et où sont les limites.

Références


1 | Watson JB, “Psychology as the Behaviorist Views It”Psychological Review, 1913, 20 :158-77.
2 | Freud S, L’Amour des parents pour l’enfant : renaissance de leur narcissisme, Atramenta, 2014.
3 | Badinter É, L’Amour en plus. Histoire de l’amour maternel aux XVIIe et XXe siècles, Flammarion, 1980.
4 | Snyders G, La Pédagogie en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, thèse, Faculté des lettres et sciences humaines de l’université de Paris, PUF, 1965.
5 | Harlow HF, “The nature of love”, université de Wisconsin, mars 2000, publié pour la première fois dans American Psychologist, 1958.
6 | Blum D, Love at Goon Park, Harry Harlow and the Science of Affection, Basic Books, New York, 2011.
7 | De Waal F, Sommes-nous « trop bêtes » pour comprendre l’intelligence des animaux ? Éditions Les Liens qui Libèrent, 2016.
8 | Harlow HF, Dodsworth RO, “Total Social Isolation in Monkeys”PNAS, 1965.
9 | “Harlow’s Classic Studies Revealed the Importance of Maternal Contact”, Association for Psychological Science, 20 juin 2018.
10 | Ainsworth MD, Bell SM, “Attachment, exploration, and separation : Illustrated by the behavior of one-year-olds in a strange situation”. Child Development, 1970, 41 :49-67.

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