Quand les coussins font des plis…

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Quand les coussins font des plis…

par Brigitte Axelrad – SPS n° 286, juillet 2009 publié par l’AFIS

 Après le visage de Mars dans le creux d’un rocher, la Vierge Marie sur un toast (vendu 28 000 dollars en 2004), celui de Mère Teresa dans une brioche, Lénine sur un rideau de douche, un verset du Coran sur un poisson, Ben Laden ou le Diable dans les fumées du World Trade Center…, voici le visage du Christ dans les plis de deux coussins de deux églises de la Réunion, en l’espace de six semaines.

Vendredi 13 mars 2009, la presse et les journaux télévisés rapportent que Jésus serait apparu sur le siège du curé de l’église de Combuston à Saint-André de la Réunion. Pour l’évêque de l’île, Monseigneur Aubry, ce phénomène n’est autre qu’« un signe de miséricorde et un appel à l’amour ». Ce signe provoque une grande émotion, allant parfois jusqu’à des évanouissements. Le lendemain, le visage a disparu pour réapparaître après les prières. Vendredi 1er mai, six semaines plus tard, alors que l’émotion est retombée, une nouvelle apparition du visage du Christ sur le coussin d’un fauteuil utilisé par le prêtre de l’église Notre-Dame-des-Sept-Douleurs fait le tour de l’île, et provoque un afflux de fidèles, appareils photographiques et téléphones portables à la main. Le coussin est retiré par le curé par « mesure de sécurité », au grand dam des fidèles et des touristes.

Sur les photos des deux coussins, en effet, nous reconnaissons vaguement les contours d’un visage, qui, dans le contexte d’une église et pour ceux qui la fréquentent, ont de grandes chances d’être ceux du Christ.

Mais cette vague ressemblance est-elle suffisante pour attester l’apparition ? Ne s’agit-il pas tout simplement d’une pareidolie (du grec para, faux et eidolon, apparence, forme), c’est-à-dire d’un phénomène psychologique paranormal, qui repose sur l’interprétation orientée, influencée par nos croyances, par nos préoccupations, par le contexte, d’une forme vague et indéterminée ?

Remarquons de plus que nous n’avons aucune preuve objective de la véritable existence du Christ, que le visage que nous lui prêtons n’est corroboré par aucun document objectif, l’authenticité du suaire de Turin étant fortement remise en question par les études scientifiques1.

1 Henri Broch, Le Paranormal, éditions du Seuil, 1989, p. 43-72