La reconnaissance faciale de Facebook, Google et d’autres réseaux sociaux

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Ou la vie privée à l’ère de la « réalité augmentée »

par Brigitte Axelrad – SPS n° 299, janvier 2012 publié par l’AFIS

Les chercheurs en technologie de l’information, Alessandro Acquisti, Ralph Gross, Fred Stutzman du Heinz College, à l’Université Carnegie Mellon, ont publié le 4 Août 2011 une étude sur le thème de la reconnaissance faciale, qui a été financée notamment par la NSF (National Science Foundation) et l’armée américaine. [1]

Cette étude montre que si l’on dispose d’un smartphone et d’une connexion Internet, on peut, après avoir photographié une personne avec ou sans son accord, décoder son identité et obtenir toutes les informations souhaitées à son sujet. [2]

Au cours de trois expériences, les chercheurs ont montré combien il est facile de retrouver, à partir d’une image de son visage, l’identité d’une personne, même protégée par un pseudo, en consultant les réseaux sociaux, en analysant des vidéos installées dans des lieux publics, ou même de retrouver son numéro de sécurité sociale (aux États-Unis) à partir de la base de données publiques, en utilisant uniquement des photographies de visages anonymes.

Dans ces expériences, c’est le mélange de données en ligne et hors ligne rendu possible par la convergence de la reconnaissance du visage des réseaux sociaux (Facebook ou LinkedIn par exemple), du data mining [3] (exploration de données), et du cloud computing [4] (informatique en nuage), qui a permis ce résultat. C’est ce qui est appelé « la réalité augmentée ».

Aujourd’hui, les capacités de reconnaissance faciale automatique sont encore limitées, mais elles continuent de s’améliorer. Les études ont été réalisées à la « sauvage », ce qui veut dire avec des profils de réseaux sociaux existants, des enregistrements de webcam prises en public, etc. Cependant, considérant les avancées technologiques rapides dans le cloud computing, la précision de la reconnaissance des visages, l’accessibilité de données en ligne et la tendance actuelle du public à l’auto-divulgation de photos personnelles, il est difficile de ne pas conclure que ce qui est présenté aujourd’hui peut devenir demain aussi commun que les requêtes quotidiennes de textes sur des moteurs de recherche.

Il suffira peut-être d’y associer les informations issues de bases de données, piratées ou pas, du site de votre association, du journal de votre commune, de sites marchands, du site des impôts, etc. pour rendre votre vie privée totalement publique. On pourra connaître, par exemple, votre participation aux manifestations culturelles ou cultuelles, vos engagements de crédits à la consommation, vos possessions immobilières, votre orientation sexuelle, vos origines ethniques, votre engagement syndical etc.

On peut parier sans grand risque que l’iPhone et ses clones proposeront sous peu une application qui fera le travail pour vous.

Big Brother est battu !

Internet n’est plus un choix individuel, mais bien une réalité où chacun d’entre nous est présent, qu’il le veuille ou non. C’est une technologie qui peut aussi bien servir les plus noirs desseins qu’apporter des services utiles et révolutionnaires.

Il serait indispensable que soient mis en place des garde-fous fous, fous.

[1] http://www.heinz.cmu.edu/~acquisti/…

[2] http://geeko.lesoir.be/2011/08/02/l…

[3] http://www.futura-sciences.com/fr/d…
Data mining : « Exploration de données. Ensemble de méthodes et de techniques qui permet d’extraire des informations à partir d’une grande masse de données. Son utilisation permet par exemple d’établir des corrélations entre ces données et de définir des comportements-type de clients. »

[4] http://lexpansion.lexpress.fr/high-… « Le cloud computing, c’est accéder à des ressources informatiques qui sont quelque part, à travers internet. »