Mon cerveau, ce héros – Mythes et réalité

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Mon cerveau, ce héros – Mythes et réalité

Elena Pasquinelli. Éditions Le Pommier, 2015, 234 pages, 19 €
Note de lecture de Brigitte Axelrad – SPS n° 315, janvier 2016.

Mon cerveauLa main à la pâte1, Elena Pasquinelli nous invite à un « voyage sur les trois landes du royaume des mythes sur le cerveau ». Elle classe les mythes sur le cerveau et son fonctionnement en trois catégories : les mythes sur les capacités extraordinaires du cerveau, tels que faire tourner les tables, tordre une cuiller à distance etc., les mythes sur ses pouvoirs ordinaires selon lesquels, par exemple, nous n’utiliserions que 10 % de notre cerveau ou deviendrions plus intelligents en écoutant du Mozart, et les neuromythes : mythe de l’hémisphéricité et de la dominance hémisphérique cerveau droit/cerveau gauche, des personnalités hémisphériques, cerveau masculin/cerveau féminin, le mythe des indétrônables 100 milliards de neurones, etc.

L’auteur nous fait remarquer que tous ces mythes représentent au final une opportunité intéressante : s’attaquer à eux permet d’exercer et de fortifier l’esprit critique.

Notre cerveau se manifeste dans chacun de nos gestes et de nos comportements, chacune de nos perceptions et de nos pensées. Il est constamment « sous nos yeux ». Loin de nous le rendre plus transparent, cette intimité déforme le regard que nous portons sur lui. Les sciences du cerveau nourrissent notre imaginaire : « Nous prêtons volontiers à notre cerveau des capacités extraordinaires ; nous nous méprenons sur ses capacités ordinaires ; nous nous laissons séduire par des solutions faciles qui promettent d’améliorer notre intelligence, de booster nos capacités – sans savoir si elles sont réellement efficaces. » (p. 8). Aussi est-il nécessaire d’identifier ces mythes, de chercher d’où ils viennent, comment ils ont été fabriqués, pourquoi ils nous plaisent, comment ils se répandent, par quels mécanismes ils sont entrés dans le circuit du bouche-à-oreille, comment ils se perpétuent… C’est à cette tâche que l’auteur s’attelle tout au long du livre, avec rigueur et parfois humour.

Au fil du texte, Elena Pasquinelli nous met en garde contre l’illusion selon laquelle « démystifier » un mythe suffirait pour nous en protéger. En réalité, nous courons le risque, en démystifiant un mythe, de tomber dans le mythe opposé, s’il existe, et, en nous rendant familières les idées exprimées dans ces mythes, de ne plus être conscients de leur caractère de mythes. Par exemple, la croyance selon laquelle tout se jouerait avant 3/6/9 ans entraîne certains parents à chercher à « sur-stimuler » leur jeune enfant à l’aide de toutes sortes de dispositifs commerciaux (mobiles, tablettes électroniques, tapis multi-sensoriels, CD et DVD, etc.). Or, diverses observations et expériences scientifiques montrent que, du fait de la complexité du cerveau, l’apprentissage se poursuit durant toute la vie. Du coup, la presse populaire s’empresse de propager « le message optimiste qu’il est toujours temps d’apprendre, ou de réapprendre  ». Mais la plasticité du cerveau a des limites et des contraintes : « Ce constat invite à conserver une attitude prudente face aux promesses de plasticité anatomique et structurelle dans le cerveau adulte » (p. 129).

La vigilance critique est donc de rigueur !

À la fin de ce parcours au pays des mythes, l’auteur pose, dans le dernier chapitre, la question « Fuir ou combattre ? ». La tentation de considérer les mythes comme des curiosités inoffensives et de défendre le droit à croire en des pouvoirs illusoires du cerveau nous incite à la passivité. Au contraire, combattre les mythes sera pour nous un exercice utile, qui nous permettra de faire la différence entre la science et la pseudoscience. C’est par une « attitude engagée, vigilante, exigeante » que nous parviendrons à les combattre, non seulement en promouvant l’éducation auprès des étudiants en psychologie et des éducateurs, mais encore en favorisant une éducation scientifique pour tous « visant au développement de l’esprit critique et à une meilleure compréhension de la science – de ses procédés, de ses méthodes, de la nature de la connaissance scientifique, du rôle du doute et de l’ignorance » (p. 230).

« Notre cerveau est un organe fascinant, ne laissons pas les charlatans l’exploiter indûment ! » C’est ainsi que se termine en quatrième de couverture la présentation du livre. C’est avec une pédagogie expérimentée qu’Elena Pasquinelli nous conduit dans le dédale des mythes « exemplaires » les plus répandus dans l’imaginaire collectif. Elle nous montre comment débusquer les illusions, les croyances irrationnelles, les mythes anciens ou récents qui entravent la connaissance objective du cerveau et de son fonctionnement, afin qu’à notre tour nous soyons armés pour poursuivre cette entreprise : « D’autres mythes se cachent dans ces landes, à vous de les dénicher et de les démasquer, grâce à la pratique et aux outils que vous vous serez forgés » (p. 13).

Mon cerveau, ce héros est un livre passionnant, décapant, stimulant. Sa lecture terminée, nous sommes prêts pour poursuivre l’aventure commencée au royaume des mythes sur le cerveau et son fonctionnement.

1 Fondation La main à la pâte « Fondation de coopération scientifique pour l’éducation à la science »