Ce que les experts souhaitent que vous connaissiez sur les faux souvenirs

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Ce que les experts souhaitent que vous connaissiez sur les faux souvenirs

Le 8 août 2016, Julia Shaw a publié dans le blog de Scientific American le point de vue de trois scientifiques sur les faux souvenirs.

J’ai traduit son article pour faciliter la lecture de nos lecteurs francophones. Je me suis permis d’ajouter au texte de Chris French ce qu’il a déclaré au Forensic Psychology Unit, Goldsmith’s College, London le 18 Novembre 2016.

Panel: Professor Elizabeth Loftus, Professor Christopher French, Dr Robert Nash and Dr Kimberley Wade

 “Ce n’est pas  parce que vous êtes absolument certain que vous vous rappelez quelque chose de précis que cela signifie que c’est vrai.”

Introduction

Chaque souvenir que vous avez déjà eu regorge d’erreurs. J’irais même jusqu’à  dire que la mémoire est en grande partie une illusion.

Ceci est parce que notre perception du monde est profondément imparfaite, notre cerveau ne prend la peine  que de se souvenir d’un petit morceau de ce dont nous avons fait l’expérience et chaque fois que nous nous rappelons quelque chose nous pouvons potentiellement changer le  souvenir auquel nous accédons.
J’écris souvent sur la manière dont notre mémoire nous égare, avec un accent particulier sur les «faux souvenirs». Les faux souvenirs sont des souvenirs qui paraissent réels, mais qui ne sont pas basés sur une véritable expérience.
Pour cet article particulier, j’ai invité quelques chercheurs éminents sur la mémoire et commenter ce qu’ils veulent que tout le monde sache dans ce domaine.

Elizabeth Loftus

En premier, nous avons Elizabeth Loftus de l’Université de Californie Irvine, qui est l’une des fondatrices de la recherche dans le domaine des faux souvenirs et qui est considérée comme l’une des plus “éminentes psychologues du 20è siècle.”
Elizabeth Loftus dit que nous avons besoin de preuves indépendantes pour corroborer nos souvenirs.

Selon E. Loftus : “Le message, à retenir, que j’ai essayé de transmettre dans mes écrits, dans mes cours, et dans mon exposé TED, est le suivant :
“Ce n’est pas parce que quelqu’un vous dit quelque chose avec beaucoup de confiance, de détails et d’émotion, que cela signifie que cela s’est réellement passé. Vous avez besoin de corroboration indépendante pour savoir si vous avez affaire à un souvenir authentique, ou à quelque chose qui est un produit d’un autre processus quelconque. “

Annelies Vredeveldt *

Ensuite, il y a Annelies Vredeveldt,  une scientifique de la mémoire  de la Vrije Universiteit Amsterdam, qui a fait un travail fascinant sur la façon dont nous nous souvenons quand on se rappelle les choses avec d’autres personnes.
Annelies Vredeveldt dit qu’il vous faut être prudent lorsque vous posez des questions sur un souvenir.
Selon Vredeveldt:
«Ce que j’aimerais que tout le monde sache, c’est comment (ne pas) chercher le souvenir d’un événement.
Lorsque vous essayez d’extraire une histoire de quelqu’un, qu’il s’agisse de  témoignage d’un crime ou d’une nuit sauvage, il semble naturel de poser beaucoup de questions à ce sujet.
Cependant, poser des questions fermées, telles que :
– «quelle était la couleur de ses cheveux?»
Ou pire, des questions orientées, comme :
– «il était rouquin, n’est-ce pas?»
conduit souvent à des réponses incorrectes.

Il est bien préférable de laisser la personne raconter de son propre gré l’histoire  sans l’interrompre et sans poser de questions par la suite. Tout au plus, vous voudrez peut-être demander à la personne si elle peut vous en dire  un peu plus sur quelque chose qu’elle a mentionné, mais il faut vous limiter à une invitation ouverte et générale comme  “pouvez-vous m’en dire plus à ce sujet?”
La recherche montre que les histoires racontées en réponse à des invitations de rappel libre sont beaucoup plus précises que les histoires racontées en réponse à une série de questions fermées. Donc, si vous voulez vraiment aller au fond des choses, restreignez-vous et ne posez pas trop de questions! ”
* Dr. Annelies Vredeveldt est psychologue judiciaire. Son domaine d’expertise concerne les paramètres juridiques de mémoire. Elle est professeure adjointe au Département de droit pénal et de criminologie à l’Université VU d’Amsterdam. Son programme de recherche en cours sur la collaboration entre les témoins est financé par une bourse  prestigieuse Branco Weiss Fellowship.

Chris French

Enfin, nous avons Chris French de la Goldsmiths  University de Londres, qui a fait pendant des décennies des recherches sur les souvenirs anormaux et paranormaux, et qui croit que quelque-uns d’entre eux peuvent être le résultat de faux souvenirs.

Chris French veut que vous cessiez de croire aux mythes communs sur  la mémoire. 

“Mes 5 meilleurs messages à retenir sur la mémoire :
1. La mémoire ne fonctionne pas comme une caméra vidéo, enregistrant avec précision tous les détails des événements relatés par des témoins. Au contraire de cela, la mémoire (comme la perception) est un processus constructif. Nous nous souvenons généralement de l’essentiel d’un événement plutôt que des détails exacts.
2. Lorsque nous construisons un souvenir, des erreurs peuvent se produire. Nous remplirons habituellement les lacunes de nos souvenirs avec ce que nous pensons avoir expérimenté pas nécessairement avec ce dont nous avons effectivement fait l’expérience. Nous pouvons également inclure la désinformation que nous avons rencontrée après l’événement. Nous ne saurons même pas consciemment que cela s’est produit.
3. Non seulement nous déformons les souvenirs pour les événements auxquels nous avons assisté, mais encore nous pouvons avoir des souvenirs complètement faux pour des événements qui n’ont jamais eu lieu. Ces faux souvenirs sont particulièrement susceptibles de se produire dans certains contextes, tels que (involontairement) par l’utilisation de certaines techniques psychothérapeutiques douteuses ou (intentionnellement) dans des expériences de psychologie.
4. Il n’existe aucune preuve convaincante à l’appui de la notion psychanalytique du refoulement, bien que ce soit un concept largement accepté.
5. Il n’existe actuellement aucun moyen de distinguer, en l’absence de preuve indépendante, si un souvenir particulier est vrai ou faux. Même les souvenirs qui sont détaillés et vivants et tenus avec une conviction de cent pour cent peuvent être complètement faux.

Le 18 novembre 2016, professeur French a déclaré au Forensic Psychology Unit, Goldsmith’s College, London, que les souvenirs «refoulés» des abus sexuels traditionnels «récupérés» pendant une psychothérapie sont peu vraisemblables. Un enfant plus âgé que trois ou quatre ans se souviendrait d’un événement traumatique, un enfant plus jeune n’aurait pas formé de souvenir durable qui persisterait jusqu’à l’âge adulte, donc il ne pourrait pas être récupéré. En outre, il existe de solides preuves expérimentales pour montrer que la psychothérapie de la «mémoire récupérée» est dangereuse et qu’il existe un risque sérieux qu’elle puisse induire de faux souvenirs. La raison est que les techniques utilisées pendant la psychothérapie visant à «récupérer» les souvenirs sont très semblables aux méthodes que les scientifiques de la mémoire ont utilisées pour implanter de faux souvenirs.

À une question de l’auditoire qui demande si des faux souvenirs peuvent être fabriqués en dehors d’une psychothérapie, le professeur French a expliqué que les faux souvenirs peuvent également être auto-induits, par exemple en écoutant les histoires d’autres personnes à la télévision ou en lisant (par exemple par «bibliothérapie», en utilisant des livres d’auto-assistance). Plus quelqu’un est imaginatif ,  plus il EST susceptible de développer un faux souvenir. Plus important encore, les faux souvenirs sont aussi émotionnellement chargés que les vrais, donc peuvent sembler très convaincants à un jury.

Le message à emporter chez soi reste : votre mémoire est incroyablement malléable. Parce que vous ne pouvez souvent pas repérer un faux souvenir une fois qu’il est formé, la seule façon d’éviter les faux souvenirs est de savoir qu’ils existent et d’éviter les choses qui les facilitent.