L’ amnésie infantile

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L’amnésie infantile

par Brigitte Axelrad – SPS n° 312, avril 2015

L’ amnésie selon Freud est due au refoulement de la sexualité infantile

Freud pensait que l’amnésie sur les premières années de notre vie était due au refoulement de la sexualité infantile. Selon lui, cette amnésie durait jusqu’à la puberté. Or, cette théorie est infirmée par les recherches en neurosciences. Le phénomène d’amnésie infantile est un des résultats de la construction de la mémoire et du langage et se produit sur une période où l’enfant ne peut pas mettre de mots sur ses expériences personnelles et ne peut les raconter. Les adultes peuvent rappeler des souvenirs d’enfance, dont les plus anciens remontent à l’âge de trois ou quatre ans, lorsqu’on peut le vérifier.

La première enquête – que peu de psychologues ont contribué à faire connaître – sur la date des premiers souvenirs d’enfance a été faite par Victor et Catherine Henri. En 1896, Victor Henri décida de lancer une enquête par questionnaire, qui fut publiée dans deux revues françaises, L’Année psychologique et La Revue philosophique, deux revues américaines, l’American Journal of Psychology et la Psychological Review, et une revue russe, Voprosy Filosofi i Psicologuii. Il était demandé aux gens d’évoquer leurs premiers souvenirs d’enfance, les images sensorielles associées et la date des événements rapportés. Les résultats de l’enquête montrèrent que la date du premier souvenir variait entre deux et quatre ans et que les souvenirs évoqués étaient souvent émotionnels et de nature visuelle. Cette première recherche inspira Freud, qui échafauda en 1905 sa théorie de l’amnésie infantile, cette dernière étant issue du refoulement et non de l’absence de fixation des souvenirs (1).

L’ amnésie infantile est liée au manque d’éléments de représentation linguistique et non pas au refoulement inconscient

Dans les années 1940, aux États-Unis, l’intérêt pour ce thème fut relancé sous l’influence de la psychanalyse. C’est ainsi qu’en 1948, Waldfogel [2] mena une enquête sur 124 étudiants pour lesquels 486 souvenirs furent rapportés. Les résultats confirmèrent ceux de l’étude des Henri et montrèrent que les souvenirs rappelés dépendaient à la fois du développement du vocabulaire de 1 à 7 ans et de la capacité à raconter un évènement à partir de 4 ans. Ils mirent aussi en évidence que la plupart des premiers souvenirs étaient des images visuelles associées à des émotions fortes, aussi bien positives que négatives, telles que la joie, la tristesse, la peur, etc.

Les enquêtes ultérieures confirmèrent que l’évolution des souvenirs était fonction du développement général de l’enfant et que l’amnésie infantile était liée au manque d’éléments de représentation linguistique et non pas au refoulement inconscient, qui n’a jamais pu être prouvé de manière empirique et que certains thérapeutes adeptes des « thérapies de la mémoire retrouvée » nomment maintenant amnésie dissociative traumatique. Cela lui donne une connotation scientifique, sans en changer pour autant la définition infondée ni l’explication ad hoc par l’inconscient psychique freudien. Cette dénomination rappelle abusivement celle d’amnésie traumatique. Ce type d’amnésie temporaire dure de quelques jours à quelques semaines et se produit après un choc crânien ou un accident. Il est prouvé scientifiquement.

Elizabeth Loftus et les prétendus souvenirs refoulés

Elizabeth Loftus écrit dans Le syndrome des faux souvenirs et le mythe des souvenirs refoulés (1997) : « Une victime de viol qui souffre d’amnésie psychogénique (traumatique), par exemple, peut oublier son nom, son adresse et sa profession, en plus des détails de l’agression. Mais l’amnésie est généralement réversible, et les souvenirs reviennent assez rapidement, ce qui n’est pas le cas avec les prétendus souvenirs refoulés » (p. 278 à 282). Les souvenirs traumatiques d’enfance qui seraient « retrouvés » en thérapie ou sous hypnose après une amnésie de dix, vingt, trente ou quarante ans, à cause d’un pseudo-refoulement, ne peuvent être validés sans être auparavant confirmés par des preuves extérieures.

[1] Freud (S.). Drei Abhandlungen zur Sexualtheorie, 1905. G.W., V, 175-7 ; S.E., VII, 174-6 ; Fr., 66-9.
[2] Waldfogel, S. (1948) “The frequency and affective character of childhood memories”, Psychological monographs, 62 (4, whole N° 291).

Lire aussi : Memory for the Events of Early Childhood de Madeline J. Eacott
Department of Psychology, Science Laboratories, Durham, United Kingdom

http://bernard.pitzer.edu/~dmoore/psych199s03articles/EacottMemory.pdf

1 Amnésie qui recouvre généralement les faits des premières années de la vie. Freud y voit autre chose que l’effet d’une incapacité fonctionnelle qu’aurait le petit enfant à enregistrer ses impressions ; elle résulterait du refoulement qui porterait sur la sexualité infantile et s’étendrait à la presque totalité des évènements de l’enfance. Le champ recouvert par l’amnésie infantile trouverait sa limite temporelle dans le déclin du complexe d’Œdipe et l’entrée dans la période de latence (mise en sommeil de la sexualité de la sixième année au début de la puberté).

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